Mgr Hervé GIRAUD

    

Grand-Maître de l’Ordre de Saint Sébastien

Monseigneur Hervé Giraud (à droite) nouvel Evèque du diocèse de Soissons, Laon et Saint Quentin, prend officiellement ses fonctions le 2 mars 2008 et remplace Monseigneur Marcel Herriot (à gauche) qui va prendre une retraite bien méritée. Notre nouvel Evèque accepte de devenir le nouveau Grand-Maître de l’Ordre le 30 mars 2008, jour du chapitre.

Des maths au séminaire:

Après maths sup et maths spé puis une licence-maîtrise en mathématiques, Hervé Giraud entre au séminaire. Il y prépare une maîtrise de théologie morale à Rome, à l’université grégorienne et ensuite une capacité doctorale à l’institut catholique de Paris.

 

Exposé de Mg Hervé GIRAUD

 SPIRITUALITÉ |

Mathématicien, maîtrisant tablettes et Internet, le cent septième évêque de Soissons, Laon et Saint-Quentin écrit de fulgurantes homélies sur le réseau social.

À Soissons, avant minuit, tout est calme près de la cathédrale et dans son évêché. Un homme réfléchit encore devant sa table de travail. Elle est assemblée des bois de deux cerisiers, l’un ayant appartenu à sa mère très catholique, l’autre à son grand-père communiste. Le conflit idéologique s’est tu à jamais, là, dans la confusion des cerisiers qui, chaque soir, assiste la méditation de Mgr Hervé GIRAUD, 56 ans. Lorsque sa longue journée épiscopale est achevée, l’évêque de Soissons, Laon et Saint-Quentin « prend enfin une demi-heure pour lire l’Évangile, le méditer et écrire. » Et il rédige cela par exemple : « Le Samedi Saint est le jour du grand silence où le Christ s’approche des plus profondes ténèbres pour les illuminer et y planter l’espérance. » Chaque soir dans son cabinet, il compose un acte de foi court et limpide qu’il publie sur son compte Twitter @mgrgiraud. « Il est important de donner de l’espoir aux gens à une époque de repli sur soi, de précarité. Je n’ai pas de recette miracle. » Sa présence sur le réseau est propice à ce don d’espoir. Il en est persuadé. Mais l’évêque multiplie aussi les visites pastorales dans les communautés de l’Aisne qui se paupérisent. Ainsi, le premier évêque actif sur Twitter, par ailleurs féru de mathématiques, a-t-il déjà composé quelque huit cents « twittomélies », qu’il accompagne de citations de saint Augustin, de saint Thomas d’Aquin ou de Paul Claudel.

 Et quand, en provenance de Lyon où il fut évêque auxiliaire et vicaire général du diocèse du Primat des Gaules, Hervé GIRAUD arriva à Soissons, il bouleversa l’univers papetier de son prédécesseur âgé, si réticent à user d’Internet et des sciences de la communication. Sur le site du diocèse de Soissons, Mgr GIRAUD a d’abord publié de courtes homélies. Puis des amis webmasters catholiques, l’ont incité à les diffuser sur Twitter. Et les « twittomélies » de Mgr GIRAUD ont fait écho jusqu’au Vatican avant d’y faire école. Depuis Soissons, le voilà plongé dans le bouillon virtuel du monde. Sur son bureau, pas un livre ouvert. La place est nette pour laisser la méditation s’épancher à son aise. Toutefois, sur cet épanchement, veillent une tablette sur laquelle l’évêque peut lire son bréviaire, un téléphone iPad qu’il maîtrise du pouce et un bel et grand écran d’où s’exhalent comme une tentation muette, les tribulations de la planète Twitter. « Je m’adresse au plus grand nombre, pas forcément aux chrétiens, affirme Mgr GIRAUD. Mais Twitter, c’est ma base d’alerte qui aiguillonne mon attention. Les gens me répondent. On dit que c’est virtuel. C’est faux. Je connais implicitement ceux qui s’adressent à moi sur Twitter. Et le réseau social me rend très réactif au dialogue. » Au service de Dieu, comment utiliser la trépidante intemporalité du Web qui tourne plus vite que la Terre et la déshumanise ? La question peut fasciner le mathématicien de l’Université de Lyon. Du 107e évêque de Soissons, Laon et Saint-Quentin, elle requiert beaucoup de réflexions et de silence dans un monde saturé de paroles. « Notre âme a besoin de respirer. L’utilité, c’est de rappeler aux gens qu’ils ont une vie intérieure. »

Mgr GIRAUD puise sa prière quotidienne et la sagesse nécessaire à la gestion de son diocèse (70 prêtres diocésains notamment) dans sa filiation avec les premiers disciples de l’enseignement du Christ.

« J’ai passé plus de la moitié de ma vie à Lyon, raconte-t-il. J’y ai des souvenirs d’étudiant, de professeur, de prêtre, d’évêque. Lyon, c’est le berceau des premiers chrétiens en Gaule. » À Lyon, il s’est glissé à la file du long cortège des évêques, tel saint Irénée, qui scellèrent le premier socle de l’Église. « Et quand je suis arrivé à Soissons, je suis entré dans la jeunesse de l’Église, de Clovis jusqu’aux cathédrales, s’enthousiasme-t-il. C’est la très grande histoire. Le patrimoine spirituel et historique me marque beaucoup ici. » À ce point tel que Mgr GIRAUD projette de fêter, dans la vraie vie et sa virtualité, le 17e centenaire de son diocèse qui fut fondé en 314 à Soissons.

YVES-MARIE LUCOT

Mgr Giraud et sa valise de visite, qui contient le nécessaire (étole, calotte, images bibliques…) lors de ses déplacements.

AVEC CET ARTICLE

Claudie Gallay : « Chez moi, les repas de famille le dimanche étaient sacrés »

« Mon père était cuisinier. Il travaillait donc tous les dimanches dans son restaurant, à Voiron. Et moi, dès l’âge de 8 ans, je faisais le service en salle ou au bar. Je dressais les couverts sur les tables, ou bien je préparais les plats, par exemple en décortiquant les grenouilles sous l’eau froide. J’en conserve un souvenir mitigé.

Si mon enfance n’a pas été malheureuse, elle fut rude. Ces dimanches, on travaillait jusqu’à 16 heures pour laver la vaisselle à la main. Mais je recevais des pourboires et les clients étaient souvent généreux. Ainsi, à mon entrée en sixième, j’ai pu m’offrir un vélo à huit vitesses et en profiter un peu le dimanche… après 16 heures !

DIFFICILE DE S’ARRÊTER DE TRAVAILLER, MÊME LE DIMANCHE

C’est peut-être en raison de ce passé qu’aujourd’hui encore, je travaille tout le temps. Il m’est très difficile de m’arrêter, même une heure. Apprendre à me reposer, c’est pour moi un vrai travail, même le dimanche. Aujourd’hui comme hier je n’arrête pas, selon l’expression de ma grand-mère, de “broger”, de penser, de réfléchir.

Mon père n’était pas croyant, mais ma mère nous envoyait à la messe le samedi soir, ou tôt le dimanche matin. Ma grand-mère, Mémé Alice, était très croyante. Comme elle était agricultrice, je passais aussi mes vacances à travailler, y compris le dimanche, pour “ébourrer” les oignons. Pourtant, j’ai toujours été un pratiquant régulier, notamment à la première messe du matin. C’est là que j’ai appris à goûter l’Évangile. Avec mes frères, on ne ratait pas la messe. Mais il fallait se lever tôt ! Quand j’étais adolescent, le dimanche, je pratiquais aussi le basket, surtout pour retrouver les copains.

LA VOCATION DÈS L’ENFANCE

Avant même de connaître un prêtre, j’ai toujours su, même si je luttais très fort contre cette idée, qu’un jour je serais prêtre. À 17 ans, lorsque j’ai eu mon bac, j’ai souhaité entrer au séminaire, mais mes parents m’ont sagement demandé de poursuivre mes études. En math sup puis en math spé, à Lyon, je participais à l’animation de l’aumônerie des collèges publics.

Puis, au séminaire Saint-Irénée, toujours à Lyon, mes dimanches étaient pris par mon engagement apostolique à Tournon et à Vals-les-Bains (Ardèche). Tout comme à Rome, lorsque j’étudiais à l’Université grégorienne. Là, lorsque je n’étais pas “de service” pour prêcher à Saint-Louis-des-Français, j’ai enfin pu connaître de “vrais” dimanches, pour visiter Rome et l’Italie.

Lorsque j’ai débuté mon ministère en paroisse, à Privas (Ardèche), je célébrais cinq messes dominicales. Et le lundi, jour habituel de repos des prêtres, je préparais mes cours de théologie morale, une matière difficile et sensible, pour la Catho de Lyon. De 1992 à 2003, en fonction au séminaire Saint-Irénée puis universitaire à Lyon, j’étais plutôt libre le dimanche. Cela m’a causé un tel sentiment que j’ai demandé à être rattaché à une équipe pastorale à Tournon : célébrer la messe avec les gens me manquait.

En 2003, nommé évêque auxiliaire de Lyon, je passais toute ma semaine à des tâches de gestion des personnes et d’administration. Alors, le dimanche, les messes de confirmation étaient ma grande respiration en paroisse. Enfin sorti de mon bureau et des multiples réunions, j’aimais beaucoup y prêcher, avec le Peuple de Dieu dans sa grande diversité.

QUARANTIÈME VISITE PASTORALE

Depuis le 22 février 2008, je suis évêque de Soissons, Laon et Saint-Quentin. Évêque diocésain ordinaire, j’en suis à ma quarantième visite pastorale. Ce sont de vrais bonheurs ! Il me reste encore trois visites pour boucler le tour des 864 clochers de l’Aisne.

Donner l’homélie, c’est, pour moi, tous les dimanches, une vraie joie. J’y vois un service, dans un double sens : je sers l’Évangile à d’autres, comme je servais un bon plat dans le restaurant de mon père ; et je suis au service de la Parole qu’est Jésus lui-même. C’est mon premier devoir. Les gens écoutent et attendent la Parole et une parole. J’ai envie de leur dire :“àvous la Parole ! Servez aussi la Parole.” Ma manière d’être et de penser fait que j’aime développer une pensée simple, structurée et compréhensible par tous.

Désormais, les dimanches après-midi, je prépare aussi mes “twitthomélies” de la semaine. Cela prend un peu de temps, mais j’aime ce moment-là. Plus de mille de ces homélies en 140 caractères sont rassemblées dans un livre (1). Je continue donc à travailler même le dimanche ! Reste que le dimanche soir, je m’accorde parfois le temps de regarder un film. Depuis deux ans, je suis amené à participer au Festival de Cannes, et cet autre lieu de service de l’Évangile me passionne aussi. »

Recueilli par FRÉDÉRIC MOUNIER

Monseigneur Hervé GIRAUD devient ARCHEVEQUE de LENS

Ce 5 mars 2015 à midi, le pape François a nommé Mgr Hervé GIRAUD,  archevêque de Sens-Auxerre et prélat de la Mission de France. Il sera installé à Sens le 19 avril prochain.

« À tout moment et pour toutes choses, au nom de notre Seigneur Jésus Christ, rendez grâce à Dieu le Père. » Ep 5,20

La Mission a du Sens !